Une équipe du Qatar juridiquement acceptable mais éthiquement contestable

Considérés par une grande partie de l’opinion publique comme des « mercenaires », les vices champions du monde de handball ont crée la sensation à la fois sur le terrain mais également en dehors par la diversité des nationalités composant cette équipe qatarienne.

Afin de mettre un terme avec l’idée selon laquelle les qataris ont acheté ces championnats du monde en versant des sommes astronomiques à leurs joueurs, il a semblé important, pour l’ensemble de l’équipe de Lexisport, de revenir sur les fondements juridiques ayant permis à la fédération qatarienne de handball de composer son équipe de rêve avec des joueurs venus des quatre coins du monde.

Le thème abordé dans cet article va se rapprocher de celui du 28 novembre où l’on se posait la question de savoir si un club national pouvait être composé intégralement d’étranger. Toutefois, avec la sélection du Qatar,  on passe des clubs nationaux aux équipes nationales.

S’il est indéniable que la composition de l’équipe du Qatar est liée à l’arrêt Bosman du 15 décembre 1995 qui avait mis fin à l’interdiction de limiter le nombre de joueurs étrangers de nationalité étrangère au sein de club sportif professionnel, elle est également la conséquence directe de la Fédération Internationale de Handball (IHF).

La polémique : l’article 6.1 du Code d’admission pour joueurs de handball

En effet, l’institution, présidée par l’égyptien Mustafa HASSAN depuis 2000 et dont le siège se trouve à Bâle en Suisse, dispose d’un règlement dont les articles sont particulièrement légers, voire laxistes au regard de la possibilité offertes aux joueurs étrangers d’évoluer dans des équipes nationales.

En réalité, le cœur de la polémique se trouve à l’article 6 du Code d’admission pour joueurs de handball. Précisément, dans son article 6.1, le règlement prévoit deux conditions cumulatives à respecter pour qu’un joueur puisse évoluer dans une équipe nationale.

Tout d’abord, il doit avoir la nationalité du pays pour lequel il joue et ensuite durant les trois ans qui précèdent sa convocation dans l’équipe nationale en question il ne doit avoir joué dans aucune équipe nationale d’un autre pays lors d’un match officiel. En d’autres termes, ce sont les matchs de qualification pour un Championnat continental du monde ou encore de Jeux Olympiques. Ainsi, à partir du moment où le joueur consent, assez tôt avant l’échéance d’une compétition, avec la fédération de handball du pays concerné pour obtenir la nationalité, la possibilité de jouer pour celui-ci ne posera aucune difficulté particulière.

Par conséquent, grâce au soutien de l’Etat qatari, c’est sur le fondement de cet article 6 que la fédération qatarienne de handball est parvenu à constituer cette équipe composée, de cinq qataris, deux espagnols, d’un français, d’un cubain, d’un monténégrin, d’un égyptien, d’un syrien notamment. Au total, sur 16 joueurs, 11 sont d’origines étrangères et ont obtenu la nationalité qatarie principalement pour ces championnats du monde et les échéances futures avec les Jeux Olympiques de 2016 à Rio.

Une composition qatarie conforme éthiquement ?

Si d’un point de vue juridique cette équipe du Qatar n’enfreint aucunes règles, sa composition implique cependant des questions d’ordre éthique avec la conception que l’on se fait de la notion « d’équipe nationale ».

S’agit-il simplement de participer à des compétitions internationales ouvertes à des équipes composées de joueurs ayant pris la nationalité du pays uniquement pour obtenir la possibilité de jouer ce type de compétition ou alors, à travers ces compétitions internationales, le rôle de ces joueurs consiste à représenter leur pays dans lequel ils sont nés, grandis ou vives depuis plusieurs années, transmettre les valeurs de ce dernier, chanter l’hymne national et créer une ferveur nationale autour de leur exploit au fur et à mesure que la compétition avance ? N’est-ce pas la quintessence même du sport ?

C’est en cela que le comportement de la fédération Qatarie, lors de cette compétition, peut être contesté. D’ailleurs, Claude Onesta, entraîneur de l’équipe de France championne du monde, semble relativiser la performance de l’équipe du Qatar :

 « Je ne suis pas admiratif de l’équipe du Qatar, parce que ce n’est pas l’image que je me fais d’une sélection nationale ni de la nationalité » (C. Onesta)

Pour lui, les valeurs que véhicule une équipe nationale sont d’une importance extrême et c’est peut être grâce au fait qu’il soit parvenu à comprendre l’importance de cette notion et la communiquer à ses joueurs qu’il est considéré aujourd’hui comme étant probablement le meilleur entraîneur de l’histoire des sports collectifs français.

Une polémique sans frontière et déjà ancienne

Cette pratique de la nationalisation des sportifs de haut niveau pour évoluer dans des équipes nationales ou exercer leur sport sous les couleurs d’un Etat différent de celui dont ils sont originaires n’est pas nouveau. En effet, à la fin de l’année 2014, une polémique similaire avait secoué l’équipe de France de rugby à la suite de la convocation pour des tests matchs de Rory Kockott dont la nationalité est sud-africaine. Là encore la possibilité de faire jouer un joueur de nationalité étrangère au sein du XV de France reposait sur une article du règlement de la Fédération Française de Rugby. Cette dernière ouvre cette faculté notamment lorsque les joueurs n’ont pas eu de sélection avec leur pays d’origine.

Toutefois, bien avant cela d’autres sportifs ont été naturalisés pour exercer leur métier sous les couleurs d’un autre pays. Tel est le cas de l’athlétisme ou de la gymnastique car certaines nations ont la réputation de former de grands sportifs dans ces domaines.

Autant d’exemples et de domaines qui amènent à se demander si la course aux performances sportives n’est pas en train de créer une césure entre la notion d’équipe nationale et les valeurs véhiculées par le sport et la société en général.

Pierre Marcadier 

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  1. février 19, 14:52 chaplote

    Article très interessant et bien argumente.merci monsieur marcadier.

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