The Tennis Integrity Unit suspend un joueur à vie

Le 18 décembre 2015, le joueur de tennis grec Alexandros Jakupovic a été suspendu à vie avec effet immédiat par The Tennis Integrity Unit (TIU) pour s’être rendu coupable de faits de corruption.

The Tennis Integrity Unit

Cette organisation mise en place en septembre 2008 par les instances dirigeantes du tennis professionnel – à savoir The International Tennis Federation (ITF), The Association of Tennis Professionals (ATP), The Women’s Tennis Association (WTA) et The Grand Slam Board – a pour but de surveiller et de sanctionner les pratiques de corruption dans le tennis, notamment grâce à son « Tennis Anti-Corruption Program ».

C’est en effet suite à l’apparition d’affaires de corruption dans le tennis au milieu des années 2000, notamment liées aux paris sportifs, qu’il a été décidé de mettre en place une telle structure, afin de préserver l’intégrité et la réputation de ce sport.

La TIU dispose d’un pouvoir d’investigation et de sanction autonome attribué par les instances du sport et se compose de trois enquêteurs, un analyste de données ainsi qu’une cellule administrative.

Cette organisation basée à Londres, travaille en coopération avec les instances sportives nationales et internationales, les fédérations de tennis ainsi que le Comité International Olympique (CIO). Il existe également un Memorandum of Understanding avec les sociétés de paris sportifs, lui permettant de recevoir des données confidentielles sur les activités de paris liées au tennis à l’échelle mondiale.

« Le tennis a une tolérance zéro en ce qui concerne la corruption liée aux paris, donc la TIU continuera d’imposer cette politique au tennis professionnel. Et la TIU a été dotée de forts pouvoirs d’investigation et de sanction. Ce qui signifie que la petite minorité des joueurs tentée d’enfreindre les règles risquera toujours de se faire prendre et de se retrouver sous le coup d’une procédure disciplinaire. Le tennis est un sport très populaire pour les parieurs, et l’industrie légale des paris a désormais une importance considérable suite au développement des paris en ligne et de la technologie qui permet de parier de n’importe où et n’importe quand. » (Mark Harrison, TIU) 

Suspension à vie pour Alexandros Jakupovic

Depuis la création de la TIU, de nombreux joueurs et joueuses de tennis ont été sanctionnés, comme la russe Ekaterina Bychkova (ancienne 66e joueuse mondiale) ou encore l’autrichien Daniel Köllerer (ancien 55e joueur mondial), suspendu à vie en 2011 par la TIU. Plus récemment, l’italien Walter Trusendi alors 425e joueur mondial et le français Elie Rousset 576e, ont également été suspendus six mois (dont trois avec sursis pour le français) par la TIU alors qu’il leur était reproché de ne pas avoir respecté, lors d’un tournoi en 2014, l’article D.1.d. du « Tennis Anti-Corruption Program » qui prévoit que : « Nul ne peut directement ou indirectement, arranger ou tenter d’arranger le résultat ou tout autre aspect d’une épreuve. » Les joueurs ne sont pas les seuls concernés, en effet, un arbitre de tennis français, Morgan Lamri, a également été suspendu à vie par la TIU pour avoir parié sur des compétitions arrangées.

Ce 18 décembre 2015, c’est donc le joueur de l’équipe grecque de Coupe Davis, Alexandros Jakupovic, qui a été suspendu à vie par la TIU pour avoir « arrangé directement ou indirectement le résultat d’un match ». 

L’ancien 267e joueur mondial en double, né à Paris en 1981, s’est vu reproché le non respect du « Tennis Anti-Corruption Program » et plus précisément :

  • L’article D.1.d précité ;
  • L’article D.1.e, qui prévoit que : « Nul ne peut directement ou indirectement, solliciter un joueur pour que celui-ci ne donne pas le meilleur de lui-même lors d’une épreuve. » ;
  •  L’article D.1.g, qui prévoit que : « Nul ne peut directement ou indirectement, offrir ou donner de l’argent à toute personne, dans l’intention d’influencer négativement une épreuve. » ;
  • L’article D.2.ai, qui prévoit que : « Dans le cas ou un joueur est approché par toute personne qui souhaite lui offrir une somme d’argent dans le but d’influencer le résultat ou tout autre aspect d’une épreuve, ou lui demande de fournir une information interne, ce joueur doit signaler cet incident à la TIU dès que possible. »

Quid d’un recours devant le TAS ?

Le tennisman grec qui a fêté ses 34 ans le 14 décembre dernier, voit donc sa carrière prendre fin de manière prématurée. Celui-ci pourra tout de même se tourner vers le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) aux fins d’annulation de la décision rendue par la TIU, comme l’avait fait dans pareil cas le tennisman Guillermo Olaso de la Rica en 2014. Le TAS avait néanmoins rejeté les arguments du joueur espagnol et confirmé la décision contestée dans son intégralité, à savoir une suspension de cinq ans, estimant que la sanction était proportionnée par rapport à l’infraction commise (TAS, aff. n°2014/3467, Guillermo Olaso de la Rica c/ Tennis Integrity Unit).

Pour rappel, le principe de proportionnalité des sanctions implique que la sanction soit proportionnée à la gravité de l’infraction commise. En effet, « la sanction imposée ne doit pas être manifestement et grossièrement disproportionnée par rapport à l’infraction commise » (TAS, aff. n°2007/A/1217, Feyenoord Rotterdam c/ UEFA). Mais ce principe implique également que la sanction soit proportionnée à la gravité du comportement qui a conduit à la commission de l’infraction.

En l’espèce, il serait légitime de s’interroger sur la proportionnalité de cette sanction de la TIU. En effet, suspendu à vie pour des faits de corruption, Alexandros Jakupovic se voit donc infliger une véritable « peine de mort sportive ».

Thibault Maggi

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