L’ex-président de la Fédération Internationale d’Athlétisme mis en examen

L’ex-président de l’IAAF, Lamine Diack, a été mis en examen ce jour par la justice parisienne pour corruption passive et blanchiment aggravé. Il est soupçonné avec son conseiller juridique d’avoir couvert des cas de dopage visant des athlètes russes, comme le rapporte l’AFP. Placé sous contrôle judiciaire, l’ex-dirigeant sénégalais est ressorti libre tout en étant soumis à une interdiction de quitter le territoire national.

Son conseiller juridique, l’avocat Habib Cissé, a également été inculpé pour corruption passive. Enfin, le Docteur Gabriel Dollé, anciennement chargé de la lutte contre le dopage à l’IAAF, a été placé en garde à vue à Nice.

De son coté, l’IAAF par la voix de son nouveau président, Sébastian Coe, a affirmé qu’une perquisition a été menée dans ses locaux basée à Monaco et qu’elle se dit prête à « coopérer pleinement avec la justice française ».

La saisine du Parquet national financier

Le Parquet national financier instauré par la loi du 6 décembre 2013 (n°2013-1117) compétent en matière de lutte contre la délinquance financière et la fraude fiscale aux niveaux national et international, a été saisi le 4 août dernier par l’Agence Mondiale Antidopage dénonçant « des faits de corruption et de blanchiment mettant en cause plusieurs membres de la Fédération Internationale d’Athlétisme ».

Suite à une enquête préliminaire, le Parquet financier a ouvert le 1er octobre une information judiciaire confiée à trois juges d’instruction financiers du Tribunal de Grande Instance de Paris pour corruption, recel, blanchiment en bande organisée et association de malfaiteurs. Le 1er novembre, Lamine Diack et Habib Cissé ont été placés en garde à vue, avant d’être mis en examen ce jour  tous les deux pour corruption passive et blanchiment aggravé, uniquement pour le premier. 

” Est puni de dix ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique, chargée d’une mission de service public, ou investie d’un mandat électif public, de solliciter ou d’agréer, sans droit, à tout moment, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques pour elle-même ou pour autrui ”

(Article 432-11 du Code pénal)

L’occasion de revenir sur la définition juridique de la corruption qui correspond au détournement ou au trafic de fonction. Celle-ci est dite passive lorsqu’une personne publique profite de sa fonction en sollicitant ou en acceptant des dons ou avantages en vue d’accomplir un acte ou de s’en abstenir (art. 432-11 du Code pénal) ; active lorsqu’une personne physique ou morale tente d’obtenir par les mêmes moyens une faveur (art. 433-1 du Code pénal).

Soupçons sur l’athlétisme russe

En somme, l’ancien Président de l’IAAF est soupçonné d’avoir couvert des cas de dopage d’athlètes russes. Depuis un an l’athlétisme russe est inquiété par des scandales à répétition. Un documentaire de la chaine allemande ARD intitulé « Dopage confidentiel : comment la Russie fabrique ses vainqueurs » diffusé en décembre 2014, a mis le feu au poudre en présentant l’athlétisme russe comme gangrené par le dopage et la corruption.

Le fils de Lamine Diack, Pape Massata Diack, alors chargé de mission marketing à l’IAAF, a été contraint de quitter son poste en décembre 2014, accusé d’être impliqué dans cette affaire de corruption visant à dissimuler des cas de dopage.

L’Agence antidopage russe, RUSADA, a ainsi pris la décision de suspendre plusieurs athlètes, notamment ses champions olympiques de la marche Olga Kaniskina, Sergey Kirdyapkin et Valeriy Borchin. C’est ensuite au tour de Yuliya Zaripova et Tatyana Chernova, respectivement spécialistes du 3000m steeple et de l’heptathlon. En février 2015, le scandale a entrainé la démission du Président de la Fédération russe d’athlétisme, Valentin Balakhnichev. Alors que le Ministre des sports russe, Vitaly Mutko, estime que ces accusations sont infondées.

« Ce scandale n’est pas celui de la Russie, mais celui du système mondial de l’athlétisme. Or, certains tentent de présenter la situation comme si nous étions les principaux acteurs dans ce système. Mais nous n’avons fait que jouer selon les règles générales toutes ces années. La Russie continuera de prendre des mesures sévères contre ceux qui consomment des produits dopants »

(Vitaly Mutko, Ministre des sports russe)

Finalement pour faire taire ces accusations, la Fédération russe a fait le choix de ne pas envoyer les athlètes suspectés de dopage lors des derniers mondiaux de Pékin et a porté plainte contre la chaine télévisée allemande ARD après la diffusion d’un deuxième reportage intitulé « Dopage – Top secret : Le monde obscur de l’athlétisme » évoquant des suspicions de dopage aux hormones de croissance et visant la championne olympique du 800m, Mariya Savinova.

Prochainement des auditions doivent avoir lieux dans des tribunaux russes.

Après le scandale de la FIFA, c’est au tour de l’IAAF d’être dans la tourmente pour des faits de corruption. Tandis que l’instance internationale et son nouveau président tentent vainement d’endiguer le fléau du dopage dans l’athlétisme, les investigations des juges français en sont certainement qu’à leur début. 

Emilie Doms

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