Le scandale de la FIFA : l’arbre cachant la forêt de la crise du football africain

Si le scandale lié à la FIFA et à ses différents protagonistes jouit d’une considération médiatique retentissante, il semble que le reste du monde footballistique n’est pas exempt d’autres affaires, cependant moins relayées par les médias.

C’est le cas du continent africain qui est actuellement secoué par plusieurs problèmes institutionnels au sein des fédérations nationales, dont les issues restent incertaines. Deux pays sont particulièrement concernés : le Cameroun et le Mali.

La situation au Cameroun

Au Cameroun, la FECAFOOT (Fédération Camerounaise de Football) a connu des bouleversements au sein de la composition de son pouvoir exécutif. Mohammed Iya, en poste depuis l’an 2000, a en effet été destitué en septembre 2013 suite à sa condamnation à 15 ans de prison pour détournements de fonds. Cependant, il avait été réélu en juin 2013, quelques mois avant ladite condamnation. La FIFA n’avait à ce moment rien trouvé à redire à cette élection quand bien même une procédure judiciaire était en cours concernant Mohammed Iya. Revenant finalement à la raison en juillet 2013, la fédération internationale suspend le mandat électoral conféré et met la FECAFOOT sous le contrôle d’un Comité de normalisation destiné à organiser des élections à bref délai pour remettre de l’ordre dans l’instance régulatrice camerounaise.

Ces élections ont été maintes fois reportées, notamment du fait de l’action du Comité de normalisation : devant à l’origine avoir lieu en septembre 2013, elles ont été fixées au 28 septembre 2015, après trois reports ! C’est finalement l’ex-secrétaire de la FECAFOOT, Sidiki Tombi, qui a été élu, face à son seul opposant, avec 80% des voix.

La justification des différents reports tient à l’invalidation des statuts de la FECAFOOT par le Tribunal Arbitral du Sport (TAS). C’est de cette invalidation que la FIFA a tiré l’organisation d’un Comité de normalisation et c’est toute la légitimité de ce Comité qui pose problème. C’est à l’initiative de l’ex-chef de cabinet de Mohammed Iya, Abdouraman Hamadou, que s’est prononcé le TAS. Abdouraman Hamadou contestait la prorogation des mandats du Comité de normalisation, qui est selon lui coupable d’une ingérence dans la politique sportive camerounaise et qui empêche les organes nationaux de résoudre leurs problèmes par eux-mêmes.

Le TAS dans sa sentence du 25 septembre 2015 a reconnu comme valide la prorogation de mandat du Comité de normalisation et donc sa décision d’organiser les élections du 28 septembre remportées par Sidiki Tombi.

« Telle que la décision (de vendredi, Ndlr.) est libellée, nous pouvons ressaisir la Chambre (de conciliation et d’arbitrage du CNOSC, Ndlr.) une fois cette décision notifiée. C’est ce que nous allons faire dans un premier temps, en nous gardant le droit de saisir le TAS. » (Abdouraman Hamadou)

Face à cette décision, Abdouraman Hamadou a contesté sur le plan national les décisions d’Assemblées générales tenues par la FECAFOOT devant le Comité National Olympique et Sportif du Cameroun. En cas d’échec, il pourra saisir de nouveau le TAS afin de contester l’organisation des élections, et donc probablement la nomination de Sidiki Tombi comme nouveau Président de la FECAFOOT.

La situation au Mali

Au Mali, c’est la FEMAFOOT (Fédération Malienne de Football) qui tient les rênes de l’organisation du championnat, des coupes et de l’équipe nationale malienne.

Le Président de la Fédération malienne de football, le Général Boubacar Baba Diarra, est également président du Comité exécutif de la Fédération, Comité qu’il a lui-même mis en place.

Devant une situation évidente de conflit d’intérêts et d’absence de contrôle quant aux actes et décisions passés par ce Comité, plusieurs représentants de clubs et d’associations sportives maliennes ont dénoncé la mainmise de l’organe sur l’organisation des différentes compétitions. Appelant à la grève générale, plusieurs clubs ont ainsi déclaré forfait lors de plusieurs journées de championnat. Ces forfaits ont été prolongés sur plusieurs journées de championnat, amenant à une rétrogradation automatique d’un quart des équipes engagées (4/16).

L’ensemble des acteurs s’opposant au Comité et à sa gestion par le Général Boubacar Baba Diarra se sont adressés à la FIFA afin que celle-ci, hiérarchiquement supérieure aux fédérations nationales, estime si le Comité avait vocation à perdurer en ses conditions. Le 2 septembre 2015, la FIFA émet un communiqué dans lequel elle renouvelle sa confiance envers le Comité dirigé par le Général Diarra, invitant les opposants à se manifester lors de  la prochaine Assemblée Générale de la Fédération malienne de football qui a eu lieu le 31 octobre 2015.

En parallèle, les opposants ont saisi le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) en vue d’annuler des décisions antérieures d’Assemblée Générale et de lever la suspension de certains membres de la Fédération, dont il semble que le Général ait été à l’origine.

Afin de résoudre ce litige dont même le pouvoir exécutif est au courant, le Président de la République malienne, Ibrahim Boubacar Keita, a appelé chacune des parties à agir de manière raisonnable afin que le tumulte s’apaise. A cet effet, il a demandé à son Ministre des Sports, Housseyni Amion Guindo, d’organiser une dernière médiation entre les opposants et le Comité de la Fédération. Qualifiée de médiation de la dernière chance, celle-ci s’inscrit dans un contexte délicat au vu des différents recours déjà exercés (devant la FIFA) ou en cours de procédure (TAS). Cette médiation aura lieu d’ici fin novembre devant le Comité National Olympique et Sportif du Mali.

Dans l’attente des résultats de cette médiation, de la décision du TAS (les parties ayant été entendues le 18 septembre dernier) et de la tenue de l’Assemblée Générale, le championnat reste perturbé : en effet, les équipes rétrogradées administrativement sont toujours en Ligue 2 et demandent leur réintégration immédiate. A l’inverse, les équipes qui ont accédé à la Ligue 1 lors de la saison 2014-2015 souhaitent y demeurer, arguant de leur place obtenue sur de stricts critères sportifs. Les décisions qui seront prises sont donc cruciales pour la tenue du championnat 2015-2016 et ce, afin d’endiguer une crise qui dure maintenant depuis près d’un an.

Le volet procédural des deux affaires

Les deux affaires institutionnelles mettent en avant la nécessaire coopération à trouver entre les organes nationaux devant résoudre les litiges et le rôle du TAS en tant qu’organe supranational de supervision des décisions prises.

Les deux Comités nationaux relatifs à la pratique olympique et sportive sont tenus de résoudre les litiges liés aux différentes nominations selon des appréciations nationales, en vertu des règlements des fédérations affiliées.

Le TAS au contraire, semble ici se positionner comme un ‘super-juge’ devant contrôler si les fédérations nationales, par le jeu de l’application de leurs règles, respectent bien les préconisations de la FIFA. C’est peut-être là le cœur de la réflexion : la FIFA cherche à contrôler comment les fédérations gèrent et organisent leur sport au niveau national. C’est son rôle et cela découle de l’affiliation des fédérations nationales à la FIFA.

Néanmoins, la TAS n’est pas affilié à la FIFA et peut tout naturellement prendre des décisions à l’encontre de celle-ci. Cependant, ce n’est pas le cas en l’espèce, comme si le TAS cherchait à voir si la FIFA réussit selon ses propres moyens, à résoudre les litiges nationaux (via notamment la création de Comités normalisateurs), avant une saisine ultérieure.

Pour conclure, il faut constater la complexité procédurale qui caractérise le contentieux sportif : au niveau national institutionnel, il faut d’abord passer par l’organe chargé du règlement des différends avant de contester la décision devant le TAS. Cette décision n’empêche pas par ailleurs la saisine d’autres instances nationales dont les décisions pourront elles-mêmes faire l’objet d’un recours arbitral. Le contentieux est ici éparpillé entre différentes institutions, qu’elles soient de nature nationale ou internationale, ce qui ne facilite pas la mise en œuvre de mesures immédiates et effectives et font perdurer les situations litigieuses au détriment de la bonne avancée du sport africain.

Maxime François

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