Jeux Olympiques : acquisition et enjeux des droits de retransmission télévisée

Terminologie née à l’occasion des Jeux olympiques de Rome en 1960, les droits de retransmission télévisée couvrent les frais engagés pour produire les images de la compétition et les mettre à la disposition des téléspectateurs. Ils constituent un enjeu juridique, économique et financier essentiel à l’heure où les Jeux olympiques représentent un événement médiatique d’exception.

Pourquoi de telles sommes sont engagées ?

L’augmentation du montant des droits de retransmission télévisée s’est faite progressivement. A titre d’exemple, c’est à la chaîne ABC que revient pendant vingt ans la retransmission de la compétition aux Etats-Unis. Mais dans les années 70, un concurrent, NBC, parvient à décrocher l’exclusivité des droits de diffusion pour 87 millions de dollars. Or, les Jeux olympiques d’été de Moscou de 1980 entraînent un boycott américain. Celui-ci conduit à un échec financier majeur pour la chaîne NBC, contrainte de renoncer à son projet de retransmission de 150 heures de compétition au profit de courts résumés quotidiens. Cela signe le début de la hausse des droits, processus accéléré par la suite par le développement de la concurrence sur le terrain des médias, la multiplication des supports de diffusion, gratuits et payants, ou encore l’augmentation des revenus publicitaires.

Aujourd’hui, ces droits représentent environ 50% du revenu olympique, offrant ainsi une source financière non négligeable aux mains du Comité International Olympique (CIO), en vue du développement du sport et des valeurs de la compétition à l’échelle mondiale.

Une procédure d’attribution des droits dictée par le CIO

Le CIO est le détenteur des droits de retransmission des Jeux olympiques dans le monde sur toutes les plateformes, à savoir la télévision, la radio, les mobiles et les plateformes internet.

« Le CIO prend toutes les mesures nécessaires afin d’assurer aux Jeux olympiques la couverture la plus complète par les différents moyens de communication et d’information ainsi que l’audience la plus large possible dans le monde »

(Charte Olympique)

A cette fin, il est responsable de l’attribution des droits de retransmission à un nombre croissant d’Etats et de territoires. Celle-ci s’opère au terme d’une procédure d’appel d’offres, dictée par la stratégie générale du CIO concernant les négociations des futurs droits de diffusion et mise en place par la Commission des droits télévisés et nouveaux médias, et qui s’adresse aux diffuseurs et aux agences. Ces dernières sont en charge de la gestion des droits marketing et audiovisuels sportifs et, si elles remportent l’appel d’offres, sont tenues de revendre les droits de retransmission télévisés aux diffuseurs. Cette hypothèse induit donc un intermédiaire supplémentaire dans la chaîne de droits, qui constitue un obstacle de taille pour les diffuseurs. Cela a notamment été le cas à l’occasion des Jeux olympiques de Sotchi et Rio, dont les droits de diffusion avaient été acquis par l’agence Sportfive, société du groupe Lagardère.

En 2015, à l’issue de cette procédure d’appel d’offres, le CIO a attribué les droits de retransmission des compétitions pour la période 2018 à 2024, sélectionnant cette fois un diffuseur.

L’acquisition des droits pour les éditions 2018 à 2024 par Eurosport

JO CONTRAT

En juin 2015, le CIO a tranché : les droits de diffusion des Jeux Olympiques pour la période 2018 à 2024 reviennent au groupe américain Discovery Communications, qui détient la chaîne payante Eurosport.

Celui-ci rafle ainsi la mise, devant BeIn, In Front Sports & Media ou encore l’Union européenne de radio-télédiffusion (UER). Au-delà du montant de la cession (1,3 milliards d’euros), il semble qu’il ait su convaincre le CIO par le fait qu’il s’agisse de la seule chaîne paneuropéenne spécialisée dans le domaine des sports ou encore par sa forte dimension numérique, notamment au travers du développement de sa plateforme payante de télévision à la demande. Il obtient ainsi une exclusivité sur la diffusion sur tout supports, y compris les chaînes de télévision, Internet et la téléphonie mobile, et ce dans toutes les langues dans 50 pays et territoires sur le continent européen, à l’exception de la Russie.

Cela concernera donc les Jeux d’hiver de Pyeongchang en 2018, ceux d’été à Tokyo en 2020 et les Jeux de 2022 et 2024.

Une diffusion en clair des JO de moins en moins évidente

Ce n’est pas la fin de la diffusion de la compétition sur les chaînes gratuites. Mais un changement de paradigme est définitivement en train de s’opérer dans ce marché des droits télévisés. 

D’une part, il faut noter que l’UER, qui défend les intérêts de 73 chaînes de service public dans 56 pays d’Europe, était le diffuseur traditionnel des Jeux Olympiques de 1960 à 2012. L’acquisition des droits par Discovery, détentrice d’Eurosport, chaîne payante, semble donc de prime abord changer la donne.

Toutefois, il demeure encore des garde-fous, en particulier l’article 14 de la directive du 10 mars 2010 dite « Service de médias audiovisuels » (ex-article 3bis de la directive « Télévisions sans frontières » de 1989) qui prévoit que les évènements d’importance majeure sont soustraits à la diffusion exclusive sur une chaîne payante et doivent être retransmis en accès libre sur une chaîne publique ou privée. Ces « évènements d’importance majeure » ont un contenu différent selon les législations nationales, l’expression étant laissée à la discrétion de chaque Etat membre (TUE, 17 février, aff. T-385/07, aff. T-55/08, aff. T-68/08). En France, à tout le moins, les Jeux Olympiques entrent dans ce champ depuis un décret du 22 décembre 2004. Ainsi, sous couvert du droit du public à l’information, Discovery sera tenu de mettre en place une licence de diffusion à destination de chaînes gratuites en France.

De plus, le CIO oblige le cessionnaire des droits à retransmettre un minimum de 200 heures des Jeux d’été et 100 heures des Jeux d’hiver sur les chaînes gratuites. Ainsi, bien que Discovery possède des chaînes gratuites dans certains pays européens, ce n’est pas le cas en France, en Allemagne ou encore au Royaume-Uni. Le groupe sera donc contraint, conformément à la règle du CIO, de revendre les droits nationaux à d’autres chaînes.

D’autre part, il faut relever que la France et le Royaume-Uni font figure d’exception. En effet, ils ne sont pas entièrement concernés par la décision du CIO de juin dernier car les droits avaient déjà été acquis par France Télévisions et la BBC pour les éditions de 2018 et 2020. Mais concernant les Jeux de 2022 et 2024, la question du titulaire des droits reste en suspens : France Télévisions parviendra-t-elle à obtenir un accord de licence auprès de Discovery ? Ou des groupes audiovisuels privés, comme TF1, s’intéresseront-ils à l’achat de ces droits en clair ? Dans l’hypothèse d’une attribution de l’édition de 2024 à la ville de Paris, il y a tout à parier que les négociations risquent d’être tendues.

Faïza Guerd

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